Un album hommage à Joe Dassin - Étienne Coppée

Un album hommage à Joe Dassin

Étienne Coppée

chamber folk, art pop

Note: Au moment où je commence ce review, nous sommes le lendemain du Show Dassin (le show qui accompagnait la sortie de cet album), et l'album est sorti depuis un peu plus de 12 heures. Je suis donc potentiellement dans les premières personnes à écrire mes pensées sur cette oeuvre, comme toute bonne journaliste culture. Mets ça dans ta pipe Hugo Dumas!

Je vais admettre de quoi de gênant pour commencer ce post: je connais pas vraiment Joe Dassin tant que ça. J'ai essayé d'écouter de sa musique plusieurs fois par le passé, mais autant (de ce que j'ai entendu) c'est un parolier de génie, autant j'ai vraiment de la misère avec son style d'interprétation. Faque pendant pas mal toute ma vie, ma principale exposition à Joe Dassin c'est l'album Salut Joe! qui est un rassemblement de covers par des artistes québécois dont le niveau de talent varie, avec Dobacaracol en haut de l'échelle et Éric Lapointe 6 pieds sous terre (sorry Ti-cuir, also ma grand-mère est fan de toi). Donc quand j'ai réalisé durant le show que 80% des chansons qu'Étienne Coppée avait choisi, je les connaissais, mon niveau d'excitation pour l'album a shooté au plafond direct.
Et quel album. I mean en écoutant du Titi tu t'attends à ce que ce soit émouvant de A à Z, mais quand en plus tu combines ça avec un style d'écriture qui te rappelle une époque ou tout semblait plus romantique et poignant tout en étant absolument timeless, bin tout en moi vibre d'émotion pure. C'est éthéré (j'ai dû le chercher celui-là), c'est cristallin, ça te fait voir des paysages en acrylique, ça te fait vivre mille amours et tout autant de tristesses, pis quand l'harmonie finale hit, t'as l'impression que l'immensité de l'univers qui t'encombre et te pèse en temps normal se dissipe et te laisse flotter vers elle pour qu'elle t'enveloppe dans un manteau d'étoiles et qu'elle te montre qu'au final, l'infini ça fait moins peur qu'on pense. Les instruments sont tous doux et s'installent poliment dans la chanson, y'a tout le temps au moins 4 voix qui te réconfortent et viennent tirer toutes tes cordes émotives en même temps et toutes les chansons vivent dans un monde tellement singulier que la seule manière d'exprimer ce que j'aime d'elles c'est d'y aller avec des longues métaphores qui se perdent en plein milieu de phrase pis espérer que je sonne pas trop prétentieuse.

Salut

On commence sur une note ultra douce, une guitare tellement calme que t'entends ses doigts qui se déplacent dessus et une voix qui te susurre une berceuse à l'oreille. Son accent est le parfait mix de queb et de français, il te borde dans ton lit et te met un bisou sur le front, et au moment du refrain il ouvre un livre qui parle d'un monde fantaisiste et merveilleux (genre Geronimo Stilton au Royaume de la Fantaisie) et c'est comme si tu te faisais transporter dans le livre. Les harmonies skippent les oreilles et se faufilent directement au plus profond de ton coeur, et Étienne nous montre qu'il maîtrise crissement bien l'ebb and flow d'une chanson, il sait quand aller all out et quand garder ça tout calme. Le bout de voix sans paroles me donne l'impression de voyager en tapis volant. Je suis profondément touchée par cette chanson, et il en reste encore sept. Nom de Zeus.

Et si tu n'existais pas

Cette toune feel comme de la mélasse. Elle est visqueuse, elle prend son temps pour t'embourber de désespoir pis quand tu regardes dedans tu vois pas le fond tellement c'est riche niveau instrumental. Ok maintenant on sort de l'analogie de la mélasse, maudit que ce piano joue juste les bonnes notes, genre que chacune d'entre elles a trouvé son destin en étant mises dans cette chanson. Pour une toune avec un tempo aussi rapide, on sent vraiment la lourdeur de chaque beat, comme des pas dans euhhhh de la mélasse. Les instruments sont beaucoup moins doux que sur Salut, mais ça fonctionne tellement bien pour créer cette ambiance des sables mouvants d'un amour qui est tellement parfait que son inexistence causerait une perte d'identité. Chapeau.

Si tu t'appelles mélancolie

Cette chanson a surprenamment énormément de soleil. Pas un soleil Cayo Coco, le genre de soleil d'après-midi qui se glisse dans la fenêtre du salon, rayon dans lequel ton chat va se taper une sieste, pis toi t'en profites pour venir te coller contre le ventre de ton chat qui est maintenant tout chaud pendant que tu regardes la poussière du divan flotter dans le cône de sérénité pure. Elle fait vraiment plus "chansonnier québécois des années 2020" que le reste de l'album, mais elle a un solide groove et elle me donne vraiment l'impression d'être un peu moins seule. Et quand c'est juste Titi et sa guitare, il prend vraiment le temps d'installer la tension avant de la résoudre, ce qui rajoute vraiment une petite pointe de beau dans cette oeuvre.

Les Champs-Élysées

Celle-là, selon moi, c'est le cover le plus "classique" de l'album. Il est vraiment très très bon, tu peux quasiment les entendre la chanter en se faisant des side câlins, la tête qui oscille comme un métronome, avec le sourire aux lèvres et une photo de Joe Dassin dans leur studio d'enregistrement qu'ils regardent d'un air coquin en chantant. Les harmonies sont encore une fois à se pisser dessus de joie, mais on sent moins son style personnel sur celle-ci que sur les autres. Sauf que quand tu penses que tu sais à quoi t'attendre pour le restant de la chanson, PAF un key change et là il nous montre qu'il est capable de rajouter ses propres couleurs à la toile de cette chanson sans pour autant faire de l'ombre à la chanson originale. Il sait quand en mettre plus, mais il sait aussi quand être plus subtil with it.

Le petit pain au chocolat

Moi qui m'attendait à un album triste du gland au périnée, j'ai été fortement surprise que le milieu du batte soit autant goofy. Au début j'en étais pas full sûre (peut-être parce que j'étais sûre que j'allais assister à un larme-o-thon), mais en 24 heures seulement elle a grow on me. Le fait que les harmonies fonctionnent super bien pour les "yah yah yah yah", le drum qui est tellement on point (et qui l'est tout le long de l'album), ce ralentissement juteux comme tout et même le bout final extra quirky, c'est comme un bingo de camping cette chanson: faut que t'enlèves toute idée préconçue de ce que ça va être, et que t'acceptes d'avoir du fun pur et whimsical au sens non-commercial du terme.

À toi

C'est la chanson d'ascenseur la plus touchante que j'ai entendue de ma vie. Leur harmonie constante t'accompagne à travers les étages de ce bâtiment où on fabrique tout l'amour du monde, avec tout autant de charme et d'innocence qu'un vieux couple qui se cajole en toute douceur sur un banc de parc, comme si ils essayaient de leur mieux de pas se faire mal en se serrant trop fort, comme si l'amour qu'ils choisissent de révéler au public n'est qu'un infime partie de leur jardin secret, même si pour nous c'est tellement sain et immense comme amour que ça en devient presque obscène dans sa beauté. Tous les instruments autour donnent l'illusion de millions de petits lutins (sûrement les employés du bâtiment) qui sautent près de tes oreilles pour te livrer deux ou trois notes de carillon, une pincée de piano ou un soupçon de drum. Et juste quand tu t'installes dans un rythme répétitif (mais de manière super positive, genre une répétition sécurisante), la toune s'arrête et t'es rendu.e à ton étage.

L'été indien

J'ai l'impression d'être tombée sur un lac en plein milieu de la savane. Le genre de cours d'eau qui scintille sur des tons de turquoise foncé et de terre de sienne brûlée, qui fait frétiller et se distordre l'air au dessus de manière quasi féérique, qui t'invite à y plonger de sa voix suave (avec un accent québécois qui fonctionne étonnamment bien), et quand tu sautes dans l'eau après le deuxième refrain c'est comme si le temps s'incline devant toi, te laisse un moment pour contempler ce qui t'a amené à plonger, et te rejette en dehors avec une véritable splendeur, tes cheveux qui créent un arc d'eau digne d'une pub de parfum et ton linge qui est somehow encore sec. Le synthétiseur est magnifique, les voix viennent me chercher au plus profond de mon être et la chanson se résout pas, on finit sur une tension qui te force à dire "wow" quand tout est fini.

Ça va pas changer le monde

Fun fact: Quand cette chanson est sortie en single, Mya m'en a parlé et je suis allée l'écouter parce que ses goûts musicaux sont impeccables, et suite à mes deux premières écoutes je lui ai dit ça:

Ce que je lui ai pas mentionné dans cette conversation-là, c'est que j'ai pleuré sur le même bout pendant les 7 écoutes consécutives qui ont suivi. Pas besoin de dire qu'à la fin j'étais physiquement fatiguée d'avoir autant braillé. C'est juste tellement une chanson parfaite, j'arrive même pas à expliquer ce que je ressens quand je l'écoute. La première minute et demie me ramène à quand mon père me chantait "Bon dodo, mon ami" de Passe-Partout parce que j'avais fait un cauchemar en me flattant doucement les cheveux, comme pour m'assurer que la nuit allait finir par laisser place au jour, que ces moments d'obscurité totale que je passais (et passe encore) à redouter l'éternité après la mort vont éventuellement se tasser et la douce chaleur enveloppante du soleil allait revenir. Puis lorsque les harmonies commencent à embarquer, je me fais transformer au matin de Noël, le genre de Noël qui est tellement parfait et bonbon qu'il pourrait juste se retrouver dans un Martine. Un doux manteau de neige dehors, un sapin qui brille plus fort que toutes les étoiles de l'univers, tout le monde réuni pour se passer des cadeaux et se dire à quel point on s'aime, avec Moustache et Patapouf qui se courent après comme d'habitude mais d'une manière pleine d'amitié et de respect. Le buildup graduel de la chanson est la manière parfaite de fermer la porte sur cette aventure au Royaume de la Fantaisie, Floridiana del Flor est saine et sauve, toutes les pages scratch n' sniff ont été scratchées n' sniffées, et je suis prête à réécouter l'album parce que je crois sincèrement avoir jamais vécu autant d'émotions en 35 minutes de musique. Merci Étienne Coppée, et merci Mya.

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